Peut-on empêcher la formation des bulles spéculatives ?

La crise des subprimes de 2008 qui a fortement ébranlé le monde entier a remis au goût du jour le concept de "bulle spéculative". En effet la crise financière et économique de 2008 a été causée par l’éclatement de la bulle des crédits hypothécaires dite bulle des subprimes.
Mais qu’est-ce qu’une bulle spéculative exactement ? Comme dirait Joseph Stiglitz,c’est un état du marché dans lequel la seule raison pour laquelle le prix est élevé aujourd’hui est que les investisseurs pensent que le prix de vente sera encore plus élevé que demain.
Plus précisément c’est un phénomène d’engouement spéculatif qui s’accompagne d’une période d’euphorie liée à une hausse durable du prix d’un actif.
La bulle spéculative prend racine sur n’importe quel actif : immobilier, internet, crédit… et existe depuis des siècles.

La plus vielle bulle de l’histoire due à l’engouement pour les bulbes de tulipes date de 1637. Mais si la bulle est vieille de quatre siècles, elle ne se répète pas et a des conséquences à chaque fois différentes sur l’économie réelle. Avec les années, les conséquences provoquées par l’éclatement d’une bulle s’accroissent du fait de la globalisation financière, et de l’interdépendance des banques. La crise des subprimes née aux Etats-Unis s’est répandue à l’Europe puis au monde entier.  Or n’était-elle pas prévisible ?

Qu’est-ce qu’une bulle spéculative ?

 Une bulle spéculative désigne un phénomène d’engouement spéculatif pour un actif, souvent mais pas nécessairement financier.  Il peut s’agir, par exemple, d’une spéculation haussière marquée sur les cours des actions ou sur l’immobilier. Néanmoins, toute opération de spéculation sur la hausse d’un prix ne se traduit pas nécessairement par une bulle spéculative. Pour qu’il y ait une bulle, il faut que la phase d’appréciation soit suffisamment durable et soit déconnecté de l’économie réelle : une divergence croissante s’établit alors entre la valeur constatée de l’actif et sa valeur théorique (dite valeur fondamentale) C. De Boissieu.

Les bulles spéculatives tirent ainsi leur nom de la forme de l’évolution des prix : une longue phase de hausse suivie par un dégonflement plus ou moins brutal qui ramène les prix dans leur configuration initiale. Mais la bulle spéculative n’est reconnue comme telle, qu’après son éclatement. Pour cela, il est difficile de distinguer une bulle spéculative d’un boom basé sur des perspectives d’amélioration des déterminants fondamentaux.

Durant ces quinze dernières années, on a assisté à deux importants développements du marché qui sont désormais considérés comme des bulles : la bulle internet à la fin des années 90 et la bulle immobilière récente aux Etats-Unis.

Toutes les bulles sont-t-elles dangereuses ?

Selon Mishkin la bulle du prix des actifs peut être séparée en 2 catégories.
 

La 1ère catégorie est dangereuse : « une bulle de boom de crédit » dans laquelle les anticipations quant aux perspectives économiques ou de changements structurels sur les marchés financiers conduisent à un boom du crédit.En effet,la demande accrue pour certains actifs augmente leur prix, ceci encourage davantage le prêt afin de pouvoir acheter ces actifs, ce qui augmente la demande, et donc les prix encore plus.Finalement, la bulle éclate et les prix des actifs s’effondrent, conduisant à un retournement de la situation et à une érosion des bilans bancaires. 

La 2ème catégorie de bulle: « la bulle d’exubérance irrationnelle pure » est beaucoup moins dangereuse car elle n’implique pas le cycle de l’effet de levier par rapport aux valeurs des actifs.On peut citer l'exemple de  la bulle des valeurs technologiques dans la fin des années 1990, celle-ci n' a pas était alimentée par une interaction entre les prêts bancaires et l’appréciation des cours boursiers. En effet, l’éclatement de la bulle technologique de stock ne s’est pas accompagné d’une détérioration des bilans des banques. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles l’éclatement de la bulle a été suivi par une récession relativement légère. De même, la bulle qui a éclaté dans le marché boursier en 1987 n’a pas mis le système financier en panique et l’économie se porte bien.

Des débats existent aujourd’hui pour savoir si la politique monétaire doit être utilisée pour empêcher les bulles des prix des actifs. 

Solutions alternatives à la politique monétaire

Si la politique monétaire a du mal à adopter une réaction claire face aux bulles pour limiter les risques, il existe d’autres solutions alternatives mises en place par la coopération internationale. Des règles prudentes peuvent limiter les risques en s’attaquant particulièrement au crédit bancaire.

 Est-il possible d’empêcher la formation de ces bulles au moyen de nouveaux instruments financiers ?

  • Le ratio Cooke (un ratio de solvabilité bancaire) = Fonds Propres / Crédits distribués  doit être supérieur à 8%. Si la règle n’est pas respectée, les financiers doivent spéculer avec leurs propres fonds ce qui est censé les rendre plus prudents. Il a été crée en 1988 par le comité de Bâle.
  • La taxe Tobin, outil de lutte contre la spéculation financière vise comme son nom l’indique à taxer faiblement (<1%) les transactions financières et mouvements de fonds purement spéculatifs. Elle a été présentée par James Tobin en 1972 lors d’un colloque.
  • Le ratio Mc Donough est un ratio de solvabilité bancaire qui succède au ratio Cooke. Il a été crée par le comité de Bâle 2 en 2004. Il vise à limiter le montant total des prêts accordés par une banque en fonction des capitaux propres de cette même banque.

Ces solutions restent toutefois alternatives car rien n’atteste de leur efficacité pure, elles préviennent la formation de bulles mais ne l’empêche pas pour autant, la preuve en est la crise des subprimes de septembre 2008. Le rôle clef pour empêcher la formation d’une bulle reste celui de la Banque Centrale. 

Toutes les bulles des prix d’actifs ne se ressemblent pas. Celles qui sont associées à des phases d’expansion du marché du crédit posent des problèmes particuliers, car leur éclatement peut entraîner une instabilité financière, qui aura des conséquences néfastes sur l’économie. Selon F.Mishkin, la politique monétaire ne doit pas tenter de faire éclater les éventuelles bulles, même si ces bulles sont du type de celles qui peuvent contribuer à l’instabilité financière. Les banques centrales doivent comprendre qu’en essayant de faire éclater une bulle à l’aide de la politique monétaire, elle risque de faire plus de mal que de bien. Cette même politique doit plutôt réagir aux bulles en réfléchissant aux effets des prix d’actifs sur l’emploi, et l’inflation pour ne pas provoquer de situation déstabilisante. La réglementation et la surveillance ont également un rôle à jouer pour empêcher les bulles : les agences de notations pourraient donc jouer un rôle futur pour réduire les asymétries d’information et amener plus de transparence sur les marchés.